dimanche, 19 mars 2017

3ème dimanche de Carême

Philippe Henne

3ème dimanche de Carême

Ce dialogue entre Jésus et la Samaritaine pourrait être un beau sujet de méditation sur la prière.  Que faisons-nous ici ? Que cherchons-nous ? Que gagnons-nous au cours de cette messe, de cette heure de prière ?

            Tout d’abord, la prière est un moment de rencontre.  Il n’y a jamais de bon moment pour rencontrer quelqu’un.  Nous sommes tous écrasés, enfermés par  nos soucis et nos problèmes quotidiens. On n’a souvent même plus la force d’écouter l’autre qui  nous parle.  Regardez : c’est la sixième heure, le milieu du jour, l’heure la plus chaude de la journée. La Samaritaine est écrasée par la chaleur.  Si elle vient chercher de l’eau, c’est qu’elle en a vraiment besoin.  Elle préférerait être chez elle, à l’ombre, au frais.  Et voilà qu’un étranger (un juif, elle l’entend à son accent) lui demande à boire.  Un homme seul qui s’adresse à une femme seule au bord d’un puits, c’est suspect.  Il ne faut jamais parler à un inconnu.  C’est ce qu’on apprend aux enfants.  Et c’est ainsi que, nous, les adultes, enfermés dans la peur et la méfiance, nous laissons passer Jésus à côté de nous.  Pierre Hannosset, l’ancien curé de Louvain–la-Neuve, avait coutume de dire qu’il ne fallait jamais quitter l’église sans avoir pris le risque de saluer quelqu’un qu’on ne connaissait pas, et aussi sans avoir pris le risque de recevoir la salutation de quelqu’un qu’on ne connaissait pas.  Pourtant, ici, dans l’église, il n’y a pourtant pas de danger.  Ce n’est pas un lieu de rendez-vous dangereux.

            Il y a donc tout d’abord dans la prière un premier moment de rencontre : oser se laisser interpeller, déranger par Jésus.  Il y a ensuite le moment de la découverte, ou celui du déménagement.  Oser quitter le petit monde nos soucis quotidiens.  Oh ! Ils sont réels et bien vrais.  Ils sont même parfois lourds et écrasants.  Mais, par la prière, Jésus nous invite à les dépasser, à les voir autrement.  La Samaritaine vient chercher de l’eau.  Elle a soif.  Elle doit préparer le repas.  Ce n’est pas la prière qui va changer cela.  Et pourtant il y a des choses plus importantes que cela.  Elle a eu cinq maris, c’est-à-dire qu’elle n’a jamais connu le vrai amour, celui qui dure toujours.  Et Jésus n’est pas là pour la condamner ou pour souligner l’échec de sa vie.  Jésus lui offre à elle, comme à Marie-Madeleine, la femme publique, ou à Matthieu, le percepteur d’impôts malhonnête, ou à chacun d’entre nous, Jésus vient nous offrir la plénitude de la relation amoureuse avec lui.   Oui, Jésus nous invite à déménager, à quitter le niveau de nos soucis quotidiens pour nous  élever à la beauté de on amour qui nous transforme entièrement.

            Et, à partir de ce moment-là, se déploie une force nouvelle qui nous permet non pas de supporter les ennuis de tous les jours, mais de transformer notre vie en réussite. Car avec la confiance que Jésus nous apporte, nous pouvons avoir confiance en nous et dépasser les humiliations de tous les jours. 

            Oui, la prière déranger, come un étranger qui nous demande de l’eau en plein midi.  Elle nous fait déménager, quitter le milieu étroit et étouffant des ennuis de tous les jours.  Elle nous transforme par la confiance que nous recevons du Bien-aimé.  Profitons de ce temps de carême pour redécouvrir cette belle progression dans notre vie.


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