Histoire des Dominicains de Belgique

Histoire des Domincains en Belgique
Par Claude Sélis


Au treizième siècle


Le berceau de l’ordre de St Dominique en Belgique fut la ville de Gand où une implantation dominicaine vit le jour dès 1228, quelques années à peine après la mort de St Dominique (+ 1221). Un chroniqueur dominicain gantois du 18°s. en donne la relation suivante : « Ferrand, roi du Portugal et comte de Flandre par son mariage avec la dernière fille du comte de Flandre, fut fait prisonnier du roi de France lors de la bataille de Bouvines (1214); il fut mis en rapport avec les premiers Frères Prêcheurs arrivés à Paris ; consolé par eux dans sa captivité, ayant eu le loisir de les connaître et de les apprécier, il les pria de s’installer dans ses Etats et leur fit don d’une maison à Gand ». Ce récit est quelque peu légendaire. En fait, Ferrand était déjà rentré de captivité (en 1227) et des frères (de Teutonie, et non de France) étaient déjà (précairement) installés à Gand (paroisse St Michel). Ces frères demandèrent l’intervention du Comte qui leur accorda en effet son soutien. Ce n’est que bien plus tard (en 1259) que le couvent de Gand fut affilié à la Province de France (suite à la réorientation pro-française de la politique du successeur de Ferrand).
  
Le deuxième couvent à avoir été fondé est celui de Louvain (en 1234), dans le Duché de Brabant (tout à fait indépendant du Comté de Flandre), avec le soutien du duc Henri III, très sympathisant de l’Ordre. On dit que le futur St Thomas d’Aquin, encore diacre, y passa, accompagné d’Albert le Grand, professeur à Cologne à ce moment-là. Du point de vue dominicain, ce couvent relevait aussi de la Province de Teutonie (et y resta affilié jusqu’en 1515).

La fondation d’un couvent de Dominicains à Liège était au programme de l’évêque Hugues de Pierpont dès 1229 mais ce fut son successeur Jean Van Eppe qui le réalisa. Il adressa sa requête à Jourdain de Saxe, successeur de St Dominique comme Maître de l’Ordre, et au provincial de Teutonie. Le Chapitre général de Paris en 1230 donna son accord et commissiona deux frères pour évaluer sur place la faisabilité du projet. Cette mission eut lieu de 1230 à 32, assumée par deux frères de la Province de France. La construction du couvent débuta en 1234.

Entretemps, du côté du Comté de Flandre, le Comte Ferrand, décédé le 29 juillet 1233, avait légué une somme importante « pour les bonnes œuvres » que sa veuve, Jeanne, consacra en partie à la fondation d’un couvent de Dominicains à Bruges, malgré l’opposition virulente du clergé local mais avec le soutien de l’évêque. Désormais très attachée à l’Ordre, la comtesse Jeanne s’engagea pleinement dans cette fondation (ainsi que celle de Valencienne et d’Ypres) et y consacra en outre une part importante de sa fortune personnelle. L’ accord de principe pour une fondation à Bruges fut acquis au Chapitre général de Paris le 14 juin 1234. Au retour du Chapitre, le provincial de Teutonie Conrad de Höxter, proche de Jourdain de Saxe, vint encore sur place pour s’assurer de toutes les garanties notariales. Il est clair que, à sa fondation (1234), le couvent relevait de la Province de Teutonie. Comme Gand, il fut transfilié à la Province de France en 1259.

La fondation d’un couvent à Ypres avait été projetée au chapitre provincial (Province de France) de Lille en 1267 et autorisée au chapitre général de 1268. Des frères de Lille y avaient déjà un pied-à-terre depuis quelques années mais, là aussi, l’opposition du clergé local empêchait la fondation formelle d’un couvent. C’est la sœur de la comtesse Jeanne (décédée en 1244), Marguerite, qui affronta toutes les difficultés pour y parvenir. Elle installa momentanément les frères sur une de ses terres canoniquement exempte en 1268. Les tractations avec le clergé local n’aboutirent qu’en 1274 sous forme de compensations financières et après intervention du pape Grégoire X.

Le couvent d’Anvers fut, lui, fondé à la demande des autorités communales.  Elles avaient envoyé une requête en ce sens au Chapitre provincial (Province de Teutonie) de Strasbourg de 1243, de même qu’à l’évêque de Cambrai (dont dépendait Anvers ecclésiastiquement ) et au Duc de Brabant (dont dépendait Anvers politiquement). L’autorisation fut donnée au Chapitre général de Bonn de 1244. Après une première installation provisoire à l’extérieur des remparts (actuelle Predikherenstraat), le soutien généreux du duc leur permit de s’installer dans le quartier du Klapdorp où ils érigèrent une église dédiée à St Paul, consacrée le 8 septembre 1276 par Albert le Grand, à ce moment évêque de Ratisbonne (n.b. : l’église St Paul dans son état actuel date de 1571).

A noter aussi que, dès les origines, les dominicains furent très proches des béguinages, ces formes très urbaines et très indépendantes de vie religieuse. Ils  en assurèrent bien souvent la direction spirituelle.
 
Ainsi, au cours de ce 13°s., nos régions avaient vu la fondation de 6 couvents dont 5 dépendaient originellement de la Province de Teutonie et 1 (Ypres) de la Province de France. A partir de 1259, il y en eut 3 relevant de la Province de France (et, politiquement, du Comté de Flandre) et 3 de la Province de Teutonie (mais, politiquement, 2 du Duché de Brabant et 1 de la Principauté de Liège).

Le premier Chapitre Général (à  Bologne en 1220) n’avait défini que 8 provinces, celui de 1245 en avait créé 4 supplémentaires. Mais en fait, des « nations » se formèrent au sein de ces grandes provinces, groupant les couvents selon un mélange de critères géo-politiques, linguistiques et coutumiers, ayant à leur tête un délégué du provincial. C’est ainsi que les couvents de Gand, Bruges et Ypres formaient une « nation » (Picardie-Flandres, vers 1279) avec les couvents de Lille, Douai, Bergues, Valenciennes et St Omer ; ceux de Louvain et Anvers (et plus tard Bruxelles) formaient une « nation » (brabançonne) avec des couvents du Sud de la Hollande actuelle.

Au 14ème siècle

Au 14°s., l’Ordre fut profondément affecté par le Grand Schisme (entre le pape Urbain VI, installé à Rome, et le pape Clément VII, installé à Avignon). Les couvents de France et d’Espagne se rallièrent généralement au pape d’Avignon, suivant en cela la position du roi de France, et tinrent un Chapitre général « clémentiste » à Lausanne en 1380. Mais ceux d’Italie, de Germanie et autres pays prirent le parti du pape de Rome et tinrent un Chapitre général « urbaniste » à Bologne (où Raymond de Capoue fut élu Maître Général) la même année. Bien que (ou parce que !) vassale du roi de France, la Flandre prit le parti du pape de Rome pour manifester son opposition à cette sujétion. Le comte de Flandre, Louis de Maele, pourtant pro-français (et parent du pape d’Avignon) ne put rien y faire et, par réalisme politique, accepta le ralliement au pape de Rome. A noter que c’était un Dominicain du couvent de Gand, le frère Jean van de Moere, qui était le confesseur de Louis de Maele. Succédant au comte de Flandre, le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, reprit une politique « clémentiste » qui continua à susciter la même résistance. Les couvents de Flandre gallicante (Lille, Valenciennes, Douai, etc…) devinrent clémentistes mais pas les couvents de Flandre flamande (Gand, Bruges, Ypres). Les couvents de Liège, d’Anvers et de Louvain, relevant de la Province de Teutonie (Germanie), furent toujours « urbanistes ». En 1394 mourait le pape Clément VII d’Avignon. La France elle-même souhaitait désormais la fin du schisme.

Au 15ème siècle

Dès le généralat de Raymond de Capoue et peut-être sous l’influence des écrits de Catherine de Sienne un mouvement de retour à une observance plus stricte se fit jour, d’abord en Italie, puis en Suisse et en Allemagne. Dans les Pays-Bas, il prit le nom de « Congrégation de Hollande » (1465-1515).

S’il y avait eu abandon des observances, ce n’était pas à cause du nombre de frères ou de l’opulence des couvents. Bien au contraire, la plupart des couvents avaient été décimés et dépeuplés par la peste (Peste Noire de 1347) ou ils avaient été ruinés ou détruits par les guerres (guerre de Cent Ans entre 1340 et 1440) si bien que les frères avaient été obligés de se débrouiller seuls en recourant à leur famille ou en s’accrochant à une carrière.

Raymond de Capoue avait exigé qu’il y eût au moins un couvent de stricte observance par Province. Le premier couvent qui adopta spontanément la réforme en territoire bourguignon fut le couvent de Gand en 1456 sous l’impulsion du frère Jean Uyt den Hove suite à son séjour au couvent –réformé- de Bologne. Plusieurs couvents de Hollande (qui dépendaient de la Province de Saxe) avaient déjà adopté la réforme. Le couvent de Bruxelles fut d’emblée érigé comme couvent de stricte observance par la volonté expresse et grâce aux largesses de Philippe le Bon et de son épouse Isabelle en 1465. Philippe le Bon était favorable à ce mouvement car, à ce moment-là, il avait besoin de s’afficher pro-romain pour se démarquer du roi de France. Mais les couvents de Bruges et d’Ypres ne se rallièrent jamais à ce mouvement (par sentiment anti-gantois).

Etant placés sous l’autorité directe du Maître général, ces couvents échappaient à l’autorité des Provinciaux locaux et perturbaient la structure provinciale normale. Des Maîtres généraux furent par la suite moins enthousiastes à étendre la réforme. Elle s’éteignit formellement en 1515 sous Cajetan mais entretemps la vie religieuse régulière avait repris ses droits un peu partout.
    
Au seizième siècle

Dans le nouveau contexte politique créé par l’accession au pouvoir de Charles-Quint et à sa requête, l’ensemble des couvents des Pays-Bas correspondant à ses territoires furent  regroupés dans une Province de Germanie Inférieure en 1515, sous le généralat de Cajetan. Cette structure allait perdurer jusqu’à la Révolution Française. Elle survécut même jusqu’en 1860 dans la Hollande ayant échappé à l’occupation française.

Ce siècle fut entièrement marqué par l’expansion de la Réforme dans nos régions. Le luthérianisme s’introduisit plutôt par le Nord (au départ d’Anvers, dès 1518) et le calvinisme par le Sud (Tournai vers 1548, puis Gand, Bruxelles et Liège). Les motivations des « convertis » n’avaient rien de très religieux. C’était surtout une manière de s’opposer au pouvoir en place (pour certains nobles) ou de se positionner socialement (pour une nouvelle bourgeoisie à Anvers ou un nouveau prolétariat à Gand). La répression fut terrible, surtout sous Philippe II (et ses envoyés le duc d’Albe et puis Farnèse) mais les excès iconoclastes l’avaient été aussi. L’Inquisition fut d’emblée une affaire d’Etat. Les Dominicains prirent une part majeure dans le débat polémique contre le protestantisme mais, localement, ils furent plutôt victimes car les autorités communales étaient favorables à la Réforme. C’est ainsi que les couvents d’Anvers, Gand, Bruxelles durent être évacués et subirent des dégâts importants.

Au dix-septième siècle

Sous les archiducs Albert et Isabelle (1598-1621) et dans le cadre de la Contre-Réforme, de nouveaux couvents furent fondés à Lierre (1612), Braine-le-Comte (1612) et Mons (1620).

Sous le règne de Philippe IV d’Espagne (1621-1665), la situation fut politiquement bien moins favorable à nos régions mais la politique religieuse de re-catholicisation continua son cours. Furent fondés les couvents de Vilvorde (1623), Tournai (1624), Namur (1649), Malines (1651) et Tongres (1664). Les persécutions en Irlande (sous Cromwell) amenèrent à Louvain les dominicains de cette Province (1623), ceux d’Angleterre aboutissant à Bornem (en 1658) et à Louvain (en 1697).

C’est sous le règne du –faible- Charles II (1665-1700) que Louis XIV entreprit la Guerre de Hollande (1672-1678) d’une part et la Guerre d’Espagne (1683-84) d’autre part, évènements très perturbants pour nos régions. C’est au cours d’une nouvelle invasion des Pays-Bas (1690-1697) qu’eut lieu le bombardement de Bruxelles par le maréchal de Villeroy en août 1695. Notre couvent de Bruxelles fut à nouveau détruit.  

En 1680, sous la pression politique de Louis XIV, une nouvelle Province de St Rose (première version) fut créée pour regrouper les couvents de l’Ouest de la Belgique (en fait, Ypres et Tournai) à ceux du Nord de la France. En 1698, le couvent de Liège y fut également affilié. Ypres réintégra la Province de Germanie Inférieure en 1772, Tournai et Liège en 1792. Cette Province de St Rose fut formellement supprimée en 1799.
    
Au dix-huitième siècle

Le 18°s. fut celui des Habsbourg d’Autriche (1714-1794), succédant aux Habsbourg d’Espagne. Nos régions connurent une période de ré-organisation et de modernisation profonde dans l’esprit des Lumières. La politique de Marie-Thérèse fut encore très conciliante avec les anciennes habitudes mais celle de Joseph II (1780-1789) devint intransigeante (jusqu’à provoquer la Révolution brabançonne de 1787-90). Un édit de 1781 fit savoir que les Ordres religieux ne dépendraient plus de leurs généraux demeurant en dehors du pays mais d’un visiteur général nommé par les évêques locaux. Un édit de 1783 ordonna la suppression d’un grand nombre de couvents déclarés inutiles. Les couvents dominicains ne furent pas concernés mais bien ceux des dominicaines contemplatives (dont Val Duchesse). Un édit de 1786 organisait un « séminaire général » à Louvain, obligatoire pour tout le clergé autant diocésain que régulier. Les biens des couvents devaient être déclarés et soumis au contrôle de l’administration.

Comme plusieurs couvents (de Hollande) faisaient partie de la Province de Germanie Inférieure mais ne relevaient pas de l’autorité politique de Joseph II, le Maître de l’Ordre créa en 1782 une « Congrégation de Germanie Inférieure », canoniquement indépendante de la « Province » pour que ces couvents (Tongres, Maestricht, Kalkar et Sittard) ne pâtissent pas de la situation.

A la mort de Joseph II et à la veille de la Révolution Française, les 12 couvents du territoire correspondant à la future Belgique totalisaient 541 religieux, dont 364 prêtres et 177 convers. Il faut y ajouter les trois couvents d’Ypres, Tournai et Liège (de la Province St Rose) mais pour lesquels on n’a pas de chiffres.

Suite à la Révolution française et l’occupation de nos régions à partir de 1791, les couvents furent réquisitionnés, très lourdement taxés, spoliés et finalement supprimés en 1796-7. Les frères furent dispersés. Ils émigrèrent dans les couvents du Nord des Pays-Bas (la Hollande actuelle) ou s’intégrèrent au clergé séculier ou assurèrent diverses aumôneries.  
    
Au dix-neuvième siècle

Une structure provinciale, basée en Hollande, fut maintenue et subsista jusqu’en 1834 (et même 1860 pour la Hollande). Les frères dispersés, parfois regroupés, formèrent des « collèges électoraux » qui élirent des prieurs, qui élirent des provinciaux. Les novices étaient envoyés à Rome (à Nimègue, un moment). Malgré les difficultés créées par les entraves politiques, il n’y eut, en fait, pas de rupture institutionnelle

Dans le cadre de la « République batave » (1795-1806), les dominicains « belges » (néerlandophones) exilés poursuivirent leur ministère en Hollande en attendant de revenir au pays. La situation y était même favorable puisque, au nom de la liberté de religion, le calvinisme n’y était plus religion d’Etat.

Le Concordat conclu en 1801 entre le Saint-Siège et Napoléon maintenait l’interdiction des Ordres religieux sur tout le territoire de la France dont faisait partie, depuis 1795, la Belgique actuelle. Réunie à la Hollande en 1815, la liberté de culte fut assurée mais la vie des Ordres religieux ne fut pas facilitée, le roi Guillaume d’Orange étant imbu d’idées napoléoniennes.

Avec l’indépendance de la Belgique en 1830 et la liberté d’association qu’assurait la nouvelle Constitution, une reprise de la vie dominicaine en Belgique redevint possible. Un jeune dominicain belge, le Père J-D Raken, ayant fait son noviciat à Rome du temps de l’interdiction, fut nommé vicaire provincial (au nom de la Province de Germanie Inférieure) pour la Belgique en 1834. L’obstacle vint cette fois de la part de l’Eglise de Belgique. Le cardinal Streckx n’admettait de religieux qu’en dépendance de l’épiscopat. Un « visiteur » épiscopal (Corselis) fut nommé et entendit exercer son pouvoir strictement (jusqu’à sa démission en 1850), sans empêcher pour autant la création de nouveaux couvents.  

Entretemps, deux pères qui avaient encore pris l’habit avant la supression des Ordres religieux (les pères Braeckman et Ackerman, au couvent de Gand,en 1795) conçurent le projet de rouvrir un couvent à Gand. Ils eurent le soutien de l’évêque du lieu, Mgr. Jean-François Van de Velde, du vicaire provincial bien sûr  et du Maître-général, le père Ancarini. Ils firent l’acquisition, dès 1835, d’une modeste maison (rue du Poivre) mais eurent accès à l’ancienne église du couvent grâce à l’amabilité de celui qui l’avait achetée. En 1843, ils avaient déjà les moyens de reconstruire un couvent (rue Haute).

Un deuxième couvent à être ouvert, en 1845, fut celui de Tirlemont quand le prieur de Gand eut l’occasion de racheter l’église et une partie de l’ancien béguinage à l’administration des Hospices civils.

Suite à une intervention du pape Grégoire XVI auprès des évêques belges, un compromis fut trouvé pour le remplacement du « visiteur ». Celui-ci ne serait plus « épiscopal » mais « apostolique », relevant du pape lui-même. Ce ne fut autre que le nouveau nonce (Gonella) qui se proposa de nommer un délégué… qui serait désigné par le Maître général de l’Ordre (Jandel à ce moment-là). Un accord fut conclu, en 1851, selon lequel les couvents de Belgique feraient provisoirement partie de la Province de France. Le provincial de France serait, en outre, vicaire provincial pour la Belgique. La Province de France venait d’être rétablie en 1850. Son premier provincial, Lacordaire, exerça donc cette fonction de 1851 à 1854 pour la Belgique. Il visita effectivement les couvents de Tirlemont et de Gand. Son successeur dans cette fonction fut le Père Danzas mais ce fut un échec. C’est alors que le Maître général Jandel trouva l’homme de la situation en la personne du père Rouard de Card (originaire de Limoges, âgé de 33 ans, à peine entré dans l’Ordre). Il fut nommé « commissaire général » en 1856 pour les dominicains de Belgique, indépendant de la Province de France autant que de celle de Germanie Inférieure, avec mission d’ériger une nouvelle province indépendante.

Le couvent de Louvain fut rétabli en 1856, avec Rouard de Card comme « président ». Suite à une offre de l’évêque de Liège, Mgr. de Montepellier, qui proposait aux Dominicains de reprendre la paroisse de La Sarte à Huy avec son sanctuaire marial, un couvent y fut fondé en 1860, d’abord installé dans la cure.

Désormais les conditions canoniques étaient réunies pour ériger formellement une province qui correspondît aux frontières de la Belgique de 1830. Ce fut fait dans l’année même, par le Maître général Jandel, sous le nom de Province Sainte Rose (de Lima), en souvenir de la précédente (1680-1792) mais qui, elle, couvrait un territoire essentiellement français avec seulement trois couvents belges. Le Père Rouard de Card en fut le premier provincial nommé. Il fut élu pour un deuxième mandat (1865-1869) et mourut en Belgique en 1877, après avoir encore exercé un mandat en Allemagne. Le couvent de La Sarte devint, dès 1863, maison de noviciat. De nouveaux couvents furent créés ou recréés dans la foulée : Lierre (1864), Ostende (1873), Mont-St-Amand (1876).

Au vingtième siècle

Un nouveau couvent fut construit à Bruxelles (rue Leys – av. de la Renaissance) en 1903 et de même à Liège (quai Mativa) en 1905. A cause de lois anticléricales adoptées en France, les dominicains de la Province de France ouvrirent un studentat près de Tournai, à Kain (au lieu-dit "Le Saulchoir") de 1904 à 1938. En 1911, la Province acceptait de créer une Mission en Uélé au Congo belge (tenue jusqu’en 1966). Des couvents furent encore créés avant et après la II° Guerre mondiale : Genk (1934), Knokke (1939), Libramont (1939), Loverval (1946).

Le Studentat francophone de philosophie fut transféré de Gand à La Sarte en 1929. Le Studentat francophone de théologie fut transféré de Louvain à La Sarte en 1941.

Le processus de scission entre une Province flamande et une Province francophone s’amorçat en 1954 avec l’accession du P. Camerlynck, revenant de mission du Congo, comme provincial. A l’avantage des francophones, il faisait valoir que, étant donné la répartition linguistique (à 4/5 flamande), les francophones n’auraient jamais que des provinciaux flamands et risquaient de ne plus avoir de représentants au sein du Conseil provincial ni dans aucune fonction. Par ailleurs, il semble qu’il ait été excédé par les conflits entre francophones au sujet de Libramont et de Loverval. La scission fut prononcée le 7 mars 1958 en la fête de St Thomas d’Aquin par le Maître général Brown. La nouvelle province, dénommée St Thomas d’Aquin de Belgique-Sud, comptait 79 frères (16 à Liège, 18 à Bruxelles, 19 à La Sarte, 4 à Libramont, 7 à Loverval, 9 au Congo et 6 en divers endroits du monde) dont 57 prêtres. Il était prévu que le couvent de Bruxelles restât bilingue (ce qui fut le cas jusqu’à la création d’une maison flamande av. de Tervueren). La nouvelle Province, pourtant faible, débutait dans l’optimisme mais avec déjà deux dossiers épineux sur les bras (Libramont et Loverval).

Dans les années ’60, la crise de la sécularisation fit ressentir ses effets. Le Studium de théologie de la Sarte fut suspendu en 1964 (les étudiants de théologie furent dirigés vers la faculté de théologie de l’Université dominicaine de Fribourg en Suisse ou vers Le Saulchoir à Paris). Le Studium de philosophie fut supprimé en 1968 (les étudiants suisses ne furent plus envoyés en Belgique et les étudiants belges furent envoyés au Saulchoir ou d’autres Institutions d’étude à Paris).

Un terrain avait été acheté à Woluwé-St Lambert en 1962 dans la perspective d’y construire un couvent qui remplacerait celui de la rue Leys. Cette initiative suscita une très vive opposition de la part du couvent de Bruxelles. L’issue du conflit vint d’un élément extérieur : on en fut exproprié en 1966 pour faire place au site universitaire médical de l’UCL.

Une maison fut ouverte à Louvain (Schreursvest n°49) entre 1969 et 1973 pour permettre aux candidats à la vie dominicaine et aux frères étudiants d’entamer le cycle de philosophie ou de poursuivre des études de théologie (ou d’autres disciplines) à l’Université Catholique de Louvain. Une maison fut également ouverte à Bruxelles (rue de la Presse n°16), regroupant des frères en ministère et désireux d’une vie communautaire moins formelle (1969-1976).

En 1972, il fut mis un terme à la fondation de Loverval. En 1973, le couvent de La Sarte fut fermé. Un nouveau couvent avait été aménagé dans une ancienne ferme brabançonne (Ferme de Froidmont à Rixensart). La nouvelle  communauté regroupait certains frères de La Sarte, certains de la rue de la Presse et certains de la Schreursvest. D’autres de La Sarte rejoignirent la communauté de la rue de la Presse. Pourvu d’une hôtellerie et de salles de réunions et de conférences, Froidmont (couvent de l’Epiphanie et, plus tard, couvent Dominique Pire) devint un pôle dominicain très vivant en Belgique francophone (voir une notice plus complète au chapitre "Couvents").

Une « Maison Saint Dominique » fut officiellement érigée en 1969 à Bruxelles dans les anciens bureaux de la Pensée Catholique av. de la Renaissance 40 (et donc attenant au jardin du couvent de la rue Leys). Dans un premier temps, elle ne fut que résidence du Père Provincial (J-P Charlier) et maison d’assignation pour divers frères. Par rachat de l’ancien hôtel-restaurant « Le Cheverny » (coin av. de la Renaissance et rue Murillo) en 1979, elle commença à pouvoir héberger des frères. Elle regroupa d’abord des frères biblistes de la Province et fit œuvre collective en ce domaine (les cassettes audio « Fêtez Dimanche »). Elle perdit ensuite sa spécificité biblique pour s’ouvrir à d’autres frères et fut érigée en couvent formel sous le patronage de St Dominique en 1983, statut qu’elle perdit dès 1986. Mais elle subsista comme maison jusqu’en 1997, moment où le complexe fut vendu pour aider à financer la réhabilitation de l’ancien couvent quand ce projet devint réellement concret.

Entretemps en effet, deux projets de réinstallation sur le site Renaissance avaient vu le jour (voir au chapitre "Couvents"). Ceux-ci avaient à nouveau provoqué une vive résistance de la part du couvent de la rue Leys et de graves tensions dans la Province.

Le couvent de Libramont fut fermé en 1985 (il fut légué au diocèse de Namur qui le mit à disposition des Frères de St Jean, dits aussi « Petits Gris », fondés par le P. Philippe o.p. de Fribourg en Suisse), celui de Liège le fut en 1987 (et fut vendu à l’école technique St Laurent de Liège).  N’étant plus dans les conditions canoniques pour garder le statut de Province (au moins trois couvents, comptant chacun au moins sept frères profès), celle-ci devint Vicariat général en 1990 (ne devant plus assumer l’ensemble des fonctions –entre autres noviciat et studentat- d’une Province).

La fin du siècle fut encore animée par un nouveau projet d’implantation à Louvain-en-Woluwe (sur le site d’où l’on avait été exproprié dans les années ’60), sans provoquer de tensions internes cette fois. Les autorités universitaires y réservèrent un accueil très favorable et un emplacement avait déjà été désigné. Mais une difficulté majeure surgit, cette fois de la part des autorités civiles. La Commission du Patrimoine exigeait de conserver les façades, gabarit et certaines pièces de l’église et du couvent de la rue Leys (orgues, escalier, ancienne bibliothèque) pour leur intérêt architectural local du début du 20°s. Cela rendait impossible la démolition du complexe et la vente du terrain à de bonnes conditions. L’option fut alors prise d’une rénovation fondamentale du couvent existant et d’une rénovation de l’église, en misant sur l’atout de la proximité du site par rapport aux Institutions européennes.

Au XXIème siècle

La rénovation du couvent de Bruxelles fut terminée en février 2002. Une toute nouvelle communauté, de composition internationale et à vocation européenne, fut constituée. Elle fut placée sous le patronage de Saint Dominique. Le couvent abritait désormais aussi une salle de conférence, les locaux vicariaux ainsi que la bibliothèque vicariale.

A peine cette nouvelle communauté était-elle lancée qu’un généreux mécène se proposa de financer une implantation dominicaine sur le site même de Louvain-la Neuve. Malgré que l’effectif du Vicariat s’était renforcé les dernières années de plusieurs jeunes frères, il était impossible et peu judicieux de tenir en même temps le couvent de Froidmont à Rixensart (à 10km de LLN) et un nouveau couvent à LLN même. La présence sur le site universitaire se situant tellement mieux dans la ligne de la vocation dominicaine, il fut décidé de fermer Froidmont au profit de LLN. Ce couvent (av. du Ciseau, 10, quartier des Bruyères) fut inauguré  en février 2010 et se mit sous le patronage de Fra Angelico. Deux ans plus tard à peine, le "collège Radclyffe", bâtiment attenant au couvent, construit peu auparavant (à l'initiative de la Fondation Patria regroupant d'anciens professeurs de l'université et destiné à accueillir des étudiants boursiers étrangers) fut proposé au Vicariat pour être racheté. L'opération pu être menée à bien, dotant ainsi le couvent d'une possibilité d'extension et d'un outil d'animation étudiante (de 15 chambres, 7 studios et 1 appartement).

Entretemps, un autre appel était venu du diocèse de Liège pour que les Dominicains reprennent pied à Liège afin de prendre en charge la pastorale étudiante universitaire et l’animation culturelle chrétienne dans le centre-ville. Une aile du cloître St Jean, édifice du 11° s. en bordure du centre historique de Liège (et non loin de l’emplacement du couvent du 13°s.), fut mis à disposition du Vicariat par bail emphytéotique. Une rénovation profonde fut nécessaire mais la vie communautaire et apostolique pu démarrer dès septembre 2009, sous le patronage de St Albert le Grand.

SUCCESSION DES APPARTENANCES PROVINCIALES

1228 – 1515    Province de France / Province de Teutonie

1515 – 1834    Province de Germanie Inférieure

1680 – 1792    Province St Rose (de France) pour les
                        couvents d’ Ypres, Tournai et Liège

1834 – 1850    Vicariat provincial (de Germanie Inférieure)

1851 – 1860    Vicariat provincial (de France)

1860 – 1958    Province St Rose en Belgique

1958 – 1990    Province St Thomas d’Aquin de Belgique-Sud

1991 - …    Vicariat St Thomas d’Aquin de Belgique-Sud


SUCCESSION DES PROVINCIAUX de Belgique-Sud

1958-1962 : fr. Ignace VAN WYNSBERGHE
    décédé en 1996 à l’âge de 86 ans
1962-1966 : fr. Raymond STERCKX
    décédé en 1975 à l’âge de 61 ans
1966-1967 : fr. Georges DANTINNE
    décédé en 1967 à l’âge de 60 ans
1967-1970 : fr. Bernard OLIVIER
    décédé en 2010 à l’âge de 90 ans
1970 – 1978 : fr. Jean-Pierre CHARLIER
    décédé en 1993 à l’âge de 64 ans
1979-1986 : fr. Robert SOULLARD (de la Province de France)
    décédé en France en 2006 à l’âge de 82 ans
1987-1990 : fr. Ignace BERTEN
    né à Uccle en 1940

succession des Vicaires Généraux
1991-1994 : fr. Ignace BERTEN
    né à Uccle en 1940
1995 -2002 : fr. André COULEE
            décédé en 2012 à l'âge de 83 ans
2003-2010 : fr. Philippe COCHINAUX
            né à Anvers en 1962
2011-     : Michel VAN AERDE (Province de Toulouse)
            né en 1950 à St Omer (France)

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VICE-PROVINCE SAINT-THOMAS-D’AQUIN EN BELGIQUE
VICE-PROVINCIE SINT-THOMAS VAN AQUINO IN BELGIE

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